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République démocratique du Congo : période pré-électorale à haut risque

La vie politique congolaise est rythmée depuis plusieurs mois par les débats, parfois polémiques, autour de l’organisation des prochaines élections locales, provinciales, sénatoriales, législatives et surtout présidentielle. Depuis l’instauration de la Troisième République en 2006, les élections locales n’ont pas eu lieu. Cinq ans plus tard en 2011, seules se sont tenues les élections présidentielles et législatives – avec des résultats largement sujets à caution –, si bien que députés provinciaux et sénateurs ont vu leurs mandats purement et simplement prolongés. Le mandat du président expirant fin 2016, la question se pose de l’ordre dans lequel les différents scrutins doivent se succéder, d’autant que le président Joseph Kabila passe pour vouloir se présenter pour un troisième mandat, ce que la constitution lui interdit, limitant à deux les mandats.

La crainte d’un contournement de la Constitution

Dans ce contexte, certains opposants considèrent que la tenue des élections locales nécessitera des délais et des moyens financiers qui font défaut, et que le camp présidentiel usera de ces difficultés pour maintenir Joseph Kabila au pouvoir. L’opposition, qui accuse par ailleurs la majorité présidentielle de planifier un contournement de la Constitution, a vu ses craintes cristallisées par la présentation à l’Assemblée nationale d’un projet de loi électorale comportant un article qui conditionnait l’organisation des élections au recensement général de la population, un chantier qui pourrait prendre deux à trois ans. Dès le lendemain de l’adoption du texte, des manifestations se sont déroulées du 19 au 21 janvier 2015 dans la capitale Kinshasa, où le bilan de la répression est lourd. A Bukavu et à Goma (Kivu) ainsi qu’à Lubumbashi (Katanga), les forces de l’ordre ont tenté d’empêcher tout rassemblement. Les manifestations ont dramatiquement dégénéré, causant la mort de 12 personnes selon le gouvernement, 42 au moins pour l’opposition et la société civile.L’ampleur du mouvement et de sa répression a conduit l’Assemblée nationale à réviser le texte.

 

Harcèlement d’opposants et de défenseurs des droits humains

De fortes inquiétudes pèsent sur les mois à venir, si le président Joseph Kabila tente de se maintenir au pouvoir. Les trois journées de violence qui ont secoué le pays témoignent d’une certaine capacité de mobilisation de la société civile et de l’opposition, mais aussi de l’incapacité persistante du pouvoir à accepter les voix discordantes. Outre la répression des manifestations et l’interdiction de nombreux rassemblements, plusieurs personnalités de la société civile et de l’opposition ont été interpellées.

 

Des associations de défense des droits de l’Homme dénoncent l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques, s’inquiétant notamment du sort de Christopher Ngoyi : ce défenseur des droits de l’Homme, arrêté en marge des manifestations et détenu au secret pendant près d’un mois, est accusé d’atteinte à la sûreté de l’État. Quant à Jean-Claude Muyambo, avocat et homme politique, ancien partisan de Kabila passé à l’opposition, il fait l’objet de poursuites pour des faits datant de 2002.