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Soudan du Sud : cinq après l’indépendance, un anniversaire dans la douleur

En 2011, l’indépendance du Soudan du Sud a été saluée par de nombreux observateurs : elle mettait fin à un conflit vieux de plusieurs décennies entre les autorités soudanaises de Khartoum et les rebelles du Mouvement pour la libération du Soudan (MPLS).

Un État à la rente pétrolière inestimable… mais encore à construire

En 2011, le Soudan du Sud dispose grâce à son indépendance de ressources pétrolières pouvant lui rapporter jusqu’à cinq milliards d’euros par an, une somme bien suffisante pour combler les manques de la population. Entre 2011 et 2013, de rudes négociations sont toujours en cours avec le Soudan au sujet du transport du pétrole : le Soudan du Sud ne possède pas les infrastructures lui permettant son importation sans passer par Khartoum. Malgré cela, le jeune pays pourrait tirer d’importants revenus du pétrole et en faire bénéficier sa population. Malheureusement, les structures scolaires et administratives sont inexistantes, en raison notamment d’une indépendance très mal préparée. Lorsque Salva Kiir se retrouve à la présidence en 2011, c’est à la tête d’un État sans structure et sans élites dirigeantes.

 

Une lutte politique qui dérive en guerre civile

Deux ans après l’indépendance, le parti au pouvoir issu du MPLS est confronté à une grave lutte de pouvoir. En juillet 2013, en conflit avec son vice-président Riek Machar, le Président Salva Kiir limoge l’ensemble de son gouvernement. En décembre de la même année, il annonce avoir déjoué un coup d’État fomenté par Riek Machar : ce dernier nie les faits et prend la fuite avec ses hommes. En quelques jours, des éléments de l’armée se rangent d’un côté ou de l’autre et s’opposent violemment tout en prenant à partie les civils se trouvant sur leur chemin. Les pillages, massacres et viols se succèdent dans de nombreuses localités du nord et du nord-est du pays.

 

En août 2015, un accord de paix prévoit le retour au gouvernement de Riek Machar : il retourne à Juba, la capitale, et retrouve son poste de vice-président en avril 2016. Cependant, de nombreux combattants sont hors de contrôle et continuent de s’affronter. Les combats continuent d’ensanglanter régulièrement le pays.

 

Le 8 juillet 2016, veille de l’anniversaire de l’indépendance, une rumeur sur les réseaux sociaux faisait état de l’enlèvement de Riek Machar par des hommes de Salva Kiir : en quatre jours, des affrontements entre partisans des deux hommes ont fait 300 morts à Juba. 42 000 personnes ont pris la fuite.

 

Depuis décembre 2013, le conflit a fait 500 000 morts et plus de 2,3 millions de déplacés. Selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) , plus de 800 000 Sud-soudanais sont réfugiés dans un autre pays, principalement au Soudan, en Ouganda et en Éthiopie. Cinq millions de personnes, soit un tiers de la population a par ailleurs besoin d’une assistance humanitaire. 

 

Newsletter de Forum réfugiés-Cosi n°20 - juillet-août 2016