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Union européenne - Afrique : quelle coopération en matière de migration et d’asile ?

Les représentants politiques des 28 États membres de l’Union européenne, des États associés à l’UE et ceux de 35 États africains se sont réunis à Malte les 11 et 12 novembre. Un plan d’action a été adopté à cette occasion pour définir les modalités de leur coopération, notamment en matière de gestion des flux migratoires et de protection internationale.

La migration a, de tout temps, alimenté les échanges, les espoirs et le développement de nos villes et de nos sociétés, tant en Europe qu’en Afrique. L’année 2014, et de manière plus forte encore, l’année 2015, ont été marquées par des flux migratoires de plus en plus composites, comptant parmi les exilés vers l’Europe un nombre croissant de personnes ayant besoin de protection. Face à cette situation, l’Union européenne (UE) cherche à « gérer » ces flux en renforçant les contrôles à ses frontières extérieures et en procédant à un tri entre les migrants dits « économiques » et les personnes pouvant prétendre au statut de réfugié.

 

Cette politique de gestion des flux migratoires impacte la coopération de l’UE avec ses partenaires des autres continents, à commencer par l’Afrique. Depuis plusieurs années maintenant, l’UE a entamé des cycles d’échanges et de négociations avec plusieurs pays africains, notamment le Maroc, le Cap Vert ou la Tunisie avec qui des partenariats pour la mobilité ont été signés, et a mis en place des mécanismes de coopération avec l’Afrique (processus de Rabat, processus de Khartoum, initiative pour la route migratoire UE-Corne de l’Afrique). Parmi les nombreuses actions de coopération envisagées, l’UE souhaiterait conclure avec les États africains des accords de réadmission qui lui permettrait de faciliter le renvoi vers les États signataires des ressortissants de ces pays en situation irrégulière en Europe ou de tout autre ressortissant qui aurait transité par leur pays. C’est donc dans ce contexte que s’est tenu un sommet UE-Afrique les 11 et 12 novembre à La Valette (Malte).

 

Les mesures d’externalisation de la politique d’immigration et d’asile européenne les plus poussées proposées par l’UE, au premier rang desquels des zones « hotspots » en Afrique et la multiplication des accords de réadmission, n’ont pas été intégrées au plan d’action approuvé . En revanche, ce plan prévoit le renforcement des capacités des polices et gardes frontières des pays d’Afrique et l’accroissement des investissements dans la gestion des frontières de ces pays ainsi que dans le contrôle des routes migratoires vers l’Europe. Ces dispositions, qui font écho à d’autres mesures visant à renforcer le contrôle des frontières extérieures de l’Union et l’augmentation des financements alloués à l’intégration des réfugiés syriens dans les premiers pays d’asile (Liban, Jordanie et Turquie), attestent d’une volonté de réduire le nombre de migrants et de réfugiés entrant en Europe. Dans cette perspective, la lutte contre l’immigration irrégulière et la traite des êtres humains est une priorité : le plan d’action prévoit le renforcement de la coopération sur le plan du renseignement, de la police et de la justice. De plus, des campagnes d’information et de sensibilisation du grand public, des migrants et des potentielles victimes vont être conduites dans les pays d’origine, de transit et de destination afin que les dangers liés à la traite des êtres humains et au trafic de migrants soient plus largement connus. Le plan d’action comporte de nombreuses autres mesures de coopération, en particulier s’agissant de la protection internationale et de l’asile et du lien entre migration et développement avec un objectif de « lutte contre les causes profondes de la migration irrégulière et du phénomène des personnes déplacées »

 

Les flux migratoires de l’Afrique vers l’Europe étant mixtes, les mesures envisagées dans le plan d’action afin de freiner les départs s’adressent autant aux réfugiés, fuyant les conflits et les persécutions, qu’aux migrants dits « économiques », fuyant la pauvreté. Ainsi, les Etats européens et africains présents se sont engagés à  gérer les situations de conflits et d’instabilité en Afrique pour permettre aux habitants originaires notamment du Mali, du Nigéria, du Sud Soudan, de République Centrafricaine ou encore de Somalie, de vivre en paix dans leur pays. De plus, le plan d’action prévoit de renforcer les systèmes d’asile des pays africains pour garantir à tous les déplacés et réfugiés un accès à une protection effective, quelque soit leur pays de refuge. Le renforcement des capacités de ces pays en matière de procédure d’asile et d’accueil des réfugiés se fera en lien avec le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Il est également prévu de développer des projets favorisant l’accueil des réfugiés dans les communautés hôtes particulièrement affectées par les déplacements forcés de population. Par exemple, l’Ethiopie accueille plus de 800 000 réfugiés érythréens, sud soudanais et somaliens ; le Cameroun compte aujourd’hui le plus grand nombre de réfugiés centrafricains et près de 20 000 déplacés nigérians, et, en 2014, 12,5 millions de personnes étaient déplacées au sein de leur propre pays en Afrique sub-saharienne. Enfin, un très grand nombre d’actions conjointes ont été approuvées afin de renforcer le lien entre migration et développement, notamment en valorisant les bénéfices de la migration en faveur du développement des pays d’origine.

 

Toutes ces mesures nécessitent d’importants financements pour être mises en œuvre. Un fond fiduciaire d’urgence d’1.8 milliards d’euros a été lancé à la Valette. La part des financements alloués à chaque mesure n’est pour l’instant pas connue. Dans cette perspective, il sera important, que soit attribué un financement suffisant aux mesures relatives à la protection internationale, aux programmes de mobilités et d’échanges et aux mesures d’appui à la promotion de l’état de droit.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°12 - novembre 2015