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Méditerranée : l’Europe face à ses responsabilités

La disparition en Méditerranée de plus de 300 personnes et le décès de 29 autres au large de la Libye ces derniers jours vient rappeler cruellement que, depuis la catastrophe de Lampedusa en octobre 2013, rien n’a changé de manière décisive au niveau européen. Face à la répétition des naufrages de personnes cherchant à rejoindre l’Europe, les pouvoirs publics tardent à apporter une réponse à la hauteur des enjeux, chaque Etat membre restant sur ses positions.

Certes, il est nécessaire d’assurer une juste régulation des flux migratoires aux frontières extérieures. Mais plus encore, le droit international impose de strictes obligations en termes de sauvetage en mer comme de respect du principe de non refoulement, pierre angulaire du droit d’asile.

 

Le rappeler n’est pas exonérer les pays de la rive Sud de la Méditerranée de leurs responsabilités. L’existence de réseaux criminels exploitant migrants et réfugiés en organisant des traversées périlleuses devrait entraîner une réponse ferme des Etats où ces trafics prospèrent. Quant au devoir de protection, y sont tenus tous les Etats signataires de la Convention de Genève – tous les pays d’Afrique du Nord, Libye exceptée. Le renforcement des systèmes d’asile dans ces pays, en lien avec le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et la société civile, doit permettre à terme qu’une protection effective puisse y être accordée, tandis qu’une réponse préventive à plus long terme consiste à appuyer le renforcement de l’Etat de droit dans les pays d’origine et de transit.

 

Lors de ces récents drames, l’opération européenne Triton déployée depuis le 1er novembre 2014 a échoué à assurer la protection des naufragés secourus, l’arrivée tardive de secours insuffisants ayant entraîné le décès de 29 personnes mortes de froid avant d’atteindre les côtes italiennes. Ainsi que le relève le HCR, « Triton est un remplacement malheureusement largement insuffisant de Mare nostrum », dispositif italien de recherche et de sauvetage en mer qui a permis de sauver plus de 150 000 personnes entre octobre 2013 et octobre 2014.

 

Mais dénoncer l’insuffisance de Triton ne suffit pas. Les personnes qui prennent la mer dans des conditions périlleuses ont pour la plupart besoin d’une protection internationale qu’aucune autre voie, légale et sûre, d’accès au territoire européen ne leur a offerte.

 

C’est pourquoi Forum réfugiés-Cosi appelle les Etats riverains de la Méditerranée comme l’Union européenne et ses Etats membres à respecter davantage leurs engagements internationaux en matière de respect des droits fondamentaux. Cela passe notamment par la politique d’immigration et d’asile « responsable et solidaire » qu’appelle de ses vœux le Commissaire européen à l’Immigration, aux Affaires intérieures et à la Citoyenneté, Dimitris Avramopoulos. Au-delà de la mise en œuvre du Régime européen commun d’asile, qui vise l’harmonisation des systèmes d’asile et des conditions d’accueil des demandeurs d’asile, il est nécessaire de traduire dans les faits les réflexions en cours du Parlement européen et de la Commission sur l’ouverture nouvelle de voies d’accès au territoire européen légales, sûres et fondées sur une répartition équitable des demandes de protection.