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Naufrages en Méditerranée : l’Europe peut et doit faire plus

Suite à la multiplication des naufrages en mer Méditerranée, qui ont vu la mort de 1 500 personnes depuis le début de l’année, les chefs d’États et de gouvernements européens se sont réunis le 23 avril à Bruxelles en Conseil extraordinaire.

En dépit des appels de nombreuses organisations internationales et de la société civile (voir les propositions du Conseil européen pour les réfugiés et exilés (ECRE) , dont Forum réfugiés-Cosi est membre), le Conseil apporte une réponse (voir la déclaration du Conseil en date du 23 avril 2015 ), qui n’est pas à la hauteur des enjeux.

 

En se focalisant sur les flux migratoires illégaux (8 des 17 engagements) et la nécessaire lutte contre les passeurs trafiquants, les chefs d’État et de gouvernement ont négligé les besoins de protection.

 

Ce n’est pas parce qu’il y a des filières de passeurs qu’il y a des réfugiés. C’est parce qu’il y a des réfugiés qui ne parviennent pas à accéder à un lieu durablement sûr qu’il y a des filières de passeurs.

 

Certes, la décision prise d’accroître la présence en mer pour « renforcer les possibilités de recherche et de sauvetage dans le cadre du mandat de Frontex » va dans le bon sens, à condition toutefois d’étendre le périmètre d’intervention bien au-delà des 30 miles marins.

 

Il en va de même de la mise en place d’un projet pilote de réinstallation dans l’Union européenne – sans aucun engagement toutefois sur le nombre de personnes à accueillir –, comme de « l’examen des possibilités (sic) d’organiser une répartition d’urgence (sic) entre les Etats membres sur une base volontaire. » Pendant l’examen, les naufrages continuent.

 

Le texte est silencieux sur l’élargissement des voies légales d’accès au territoire européen pour les personnes en besoin de protection. Quelle meilleure manière pourtant d’éviter à un réfugié de recourir à une filière illégale et dangereuse ?

 

Mais l’enjeu ne se limite pas à des déclarations qui, fussent-elles plus ambitieuses, resteraient sans effet faute d’être traduites dans les actes. Il s’agit bien aujourd’hui de transformer l’émotion passagère – jusqu’au prochain gros naufrage – en engagements concrets, dans la durée. Car il ne suffit pas de poser le pied sur un sol sûr – même si la protection commence par là – : il faut encore trouver un toit, digérer les horreurs vécues, se reconstruire, apprendre le français, trouver du travail, contribuer aux efforts de la collectivité nationale, être pleinement accepté et reconnu.

 

C’est pourquoi Forum réfugiés-Cosi en appelle aux communes désireuses d’accueillir quelques familles de réfugiés sur leur sol. A l’heure où l’on fait mémoire des atrocités du génocide arménien de 1915, qui vit de nombreux rescapés trouver asile en France, mais aussi de la fin de la deuxième guerre mondiale, durant laquelle de nombreux Français – ainsi que des étrangers – connurent l’exode, les bombardements, les arrestations, l’internement et la mort, voire l’extermination, il importe que se manifeste en direction des persécutés d’aujourd’hui une solidarité active.