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Eva Singer et Villads Zahle, Conseil danois pour les réfugiés

Le Conseil danois pour les refugiés - Danish Refugee Council (DRC) - est une organisation non-gouvernementale qui travaille depuis 1956 auprès des victimes de conflits politiques et notamment des réfugiés et des personnes déplacées. Au niveau international, DRC est présent dans plus de 30 pays et développe des programmes pour la protection des réfugiés et la promotion de solutions durables pour les populations affectées par les conflits. Au Danemark, DRC assiste les réfugiés dans tous les aspects liés à l’intégration ainsi qu’à la procédure d’asile.

A l’heure où le Danemark prend la présidence du Conseil de l’Union européenne pour le premier semestre 2012, nous avons échangé avec Eva Singer (responsable de l’asile) et Villads Zahle (chargé de communication) de DRC sur le système d’asile au Danemark et leurs attentes auprès du gouvernement danois sur la politique d’asile au niveau européen.

Quelle est la situation actuelle de la demande d’asile au Danemark?

Les statistiques pour 2010 sont les suivantes :

5 115 demandeurs d’asile au total au Danemark dont les principaux groupes ont été :
Afghans : 1 512
Syriens : 832
Iraniens : 614

 

2 124 personnes bénéficient d’une forme de protection dont :
L’asile conventionnel (statut de réfugié) : 797
La protection subsidiaire : 669
La réinstallation : 494
Le permis de séjour pour raisons humanitaires : 111

 

Le manque des places dans les Centres d’accueil des demandeurs d’asile est un des problèmes majeurs en France (seulement 21 000 places pour environ 53 000 demandeurs d’asile par an). Quel problème désigneriez-vous comme particulièrement inquiétant au Danemark ?

Parmi les aspects positifs, on peut notamment relever que le Conseil danois pour les réfugiés va réintégrer la Commission d’Appel (seconde instance de la procédure de demande d’asile) pour assurer davantage de qualité dans l’évaluation de cas individuels. Comme la plupart des cas sont rejetés en appel du fait du manque de crédibilité perçu dans le comportement des demandeurs d’asile, nous avons décidé d’entamer un travail de réflexion selon une approche plus cohérente et analytique. Nous avons ainsi prévu qu’un étudiant de second cycle travaille sur cette problématique d’un point de vue anthropologique : il s’agira d’étudier/de comparer le comportement considéré comme « normal » selon que l’on vient d’une province rurale d’Afghanistan ou du Danemark. (Précision : L’appréciation de la crédibilité d’un demandeur d’asile ne tient pas souvent assez compte du profil de celui-ci (origine géographique, niveau d’éducation, culture, etc.)

 

En revanche, nous sommes particulièrement inquiets, s’agissant de la procédure Dublin, du système de recours que nous jugeons à l’heure actuelle inadéquat. A cela s’ajoute également l’enfermement trop fréquent des demandeurs d’asile à leur arrivée au Danemark.

 

Quelles sont les politiques gouvernementales d’intégration accordées aux personnes bénéficiaires de la protection internationale au Danemark? Quelles sont les responsabilités des associations ?

La politique d’intégration danoise constitue un système législatif assez complexe.

La loi relative à l’intégration concerne les étrangers nouvellement arrivés, dont les personnes bénéficiaires d’une certaine forme de protection internationale et la réunification familiale. Les municipalités danoises ont la responsabilité pratique de l’hébergement et de la mise en place d’un programme triannuel d’insertion comprenant l’enseignement de la langue et l’identification des perspectives d’emploi.

 

Le Conseil danois pour les réfugiés propose aux municipalités danoises une grande varieté de programmes d’intégration professionnelle, comme l’enseignement de la langue, la réinsertion, la formation professionnelle et différents programmes d’enseignement. Il existe d’autres agences, mais ce sont des entreprises privées – pas des ONG.

 

En même temps le Conseil danois pour les réfugiés fait partie d’une poignée d’ONG faisant du volontariat d’insertion professionnelle. Nous avons environ 4 500 volontaires engagés dans des missions allant de l’accompagnement scolaire au ”coaching” de réfugiés pour la création de leur propre entreprise commerciale.

 

Le gouvernement danois va présider le Conseil de l’Union européenne durant le premier semestre 2012. Quelles sont les attentes du Danish Refugee Council vis-à-vis de cette présidence et de la politique du droit d’asile au niveau européen ?

Comme le Danemark dispose d’une réserve concernant les Affaires intérieures et la Justice, le Danemark n’est pas contraint par les directives du Régime d’Asile Européen Commun (RAEC) et n’a mis en application les directives ni dans le droit danois, ni dans la pratique.

 

D’un côté, ce pourrait être un avantage pour la présidence danoise, qui jouerait le rôle de facilitateur pour l’obtention d’un texte de compromis, mais ce sera bien sûr aussi un inconvénient étant donné qu’aux yeux des autres Etats membres, la présidence danoise ne dispose pas de la même autorité pour parler de ces questions, le Danemark n’étant pas contraint par le texte adopté.

Notre impression, cependant, est que le gouvernement danois travaillera dur afin de pouvoir finaliser le RAEC en 2012, bien qu’une révision finale pourrait toujours être en cours après la fin de la présidence danoise.

 

Nous nous attendons aussi à ce que la présidence danoise tente d’avancer sur le Programme européen commun de réinstallation. Notre espoir est que les Etats européens travaillent ensemble de manière solidaire afin d’atteindre un accord sur la réinstallation des quelques 5 000 réfugiés en attente d’une solution dans les camps frontaliers en Tunisie et en Egypte.