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Isabella Moulet, de Jesuite Refugee Service en France

Jesuite Refugee Service est une organisation catholique qui œuvre dans une cinquantaine de pays. Sa mission consiste à accompagner, servir et défendre les droits des réfugiés et des personnes déplacées de force.

Son bureau en France a, sous la direction de Jean-Marie Carrière, mis en place en septembre 2009 un projet qui s’appelle Welcome. Ce projet soutien et accompagne de jeunes demandeurs d'asile par l'insertion temporaire dans des familles et des communautés religieuses françaises. Sa coordinatrice, Isabella Moulet, répond à nos questions.

Comment rentrez-vous en contact avec les demandeurs d'asile et les personnes qui les accueillent ?

Les demandeurs d'asile et les nouveaux réfugiés auxquels nous proposons un accueil d'un mois dans un foyer français - et plusieurs foyers peuvent se succéder en attendant une place en CADA - nous sont adressés par les associations qui les suivent administrativement (FTDA, l'ASE, le CEDRE, la Maison des Journalistes, la Croix Rouge, la CIMADE...) ou bien par les écoles où ils apprennent la langue française. Ce sont des jeunes hommes et femmes isolés, seuls, que nous sentons en besoin de faire une pause, de reprendre confiance et qui ont envie de connaître et de comprendre notre façon de vivre, de penser.

 

Les accueillants rejoignent notre réseau par le bouche-à-oreille, par la lecture d'un article, pour nous avoir rencontrés lors de l'une de nos soirées d'animation... Ils adhèrent au projet Welcome parce qu’ils sont sensibles à ce qui se passe en ce moment dans notre pays et souhaitent s'ouvrir à un univers différent du leur. Beaucoup ont séjourné dans des pays d'Afrique ou d'Asie où ils se sont sentis, à leur tour, accueillis. D'autres sont des anciens bénévoles qui ont côtoyé le milieu des migrants. Il y a des familles qui désirent que leurs enfants connaissent cette réalité, des humanistes, des croyants engagés...

 

Comment se passe la première semaine de la « rentrée » des demandeurs d’asile dans ces familles ? Quelles sont leurs obligations une fois installés ?

Un demandeur est accompagné dans la famille par son tuteur. Nous appelons ainsi la personne de référence qui le suivra pendant la durée de son séjour dans Welcome, qui instaure avec lui une relation privilégiée et qui servira de « médiateur » entre lui et les accueillants. Ils prennent un temps tous ensemble, parfois autour d'un repas, pour faire connaissance, revenir sur les rythmes et les exigences des uns et des autres, les emplois du temps. Les accueillants s'engagent à offrir un toit, un peu de convivialité (un ou deux dîners par semaine, une petite aide pour les devoirs, une soirée télé...). On s'accorde sur l'usage des espaces communs, sur les horaires. Téléphone et invitation de copains sont interdits. Mais à chaque fois, il s'agit d'une rencontre différente entre personnes différentes et les modalités de relation sont nombreuses.

 

Gardez-vous contact avec ces personnes une fois qu'ils quittent le projet Welcome ? Savez-vous quelles sont leurs perspectives pour la suite ?

Oui, bien sûr. Les « anciens », une soixantaine jusqu'à présent, reviennent pour donner des nouvelles, poser des questions, et souvent poursuivre des activités qu'ils ont engagées avec les familles et les tuteurs (révision de français, match de foot, sortie cinéma). Ils participent aussi à des sorties et des soirées ludiques que nous organisons ponctuellement.

 

Quelles perspectives ?

À ce jour, deux de nos anciens ayant été déboutés ont quitté la France, une quinzaine ont obtenu des papiers, cinq travaillent (infirmier, traducteur, garagiste, plombier, barman) les autres sont en attente de réponse.

 

Si vous deviez faire évaluer ce projet, quelles sont les points qui vous semblent très positifs et quels sont ceux que vous souhaiteriez travailler davantage ?

Notre plus grande joie est de voir nos accueillis reprendre espoir, devenir de plus en plus autonomes et tisser des relations cordiales et fraternelles avec leurs accueillants successifs. De constater que plusieurs d'entre eux souhaitent ensuite nous aider en devenant interprètes - car leurs progrès en français sont impressionnants ! - ou bien tuteurs pour les nouveaux. De voir que les familles trouvent l'expérience belle et enrichissante, la partagent volontiers avec leur réseau familial et amical, nous demandent d'intervenir dans leurs paroisses ou dans l'école de leurs enfants pour parler de ce que l'on vit et leur faire rencontrer des jeunes demandeurs. Ces derniers sont ravis de venir présenter leur pays, leur culture, leur regard sur la France - avant et après !

 

Nous travaillons à élargir le réseau d'accueil en Ile-de-France, à Nantes, à Lille, à Marseille, à Clermont-Ferrand... à former de mieux en mieux nos tuteurs, à tisser des relations efficaces avec les très nombreux partenaires associatifs qui suivent ou aident nos accueillis pour les aspects administratifs, juridiques, médicaux... Nous espérons que l'hospitalité que nos familles sont capables d'offrir aide les autres à surmonter leurs peurs et à faire évoluer leurs imaginaires, influencés par les discours inquiétants, voir menaçants, que trop de personnages publics aiment à mettre en avant. Pour ne pas aborder la vraie question : celle d'une société en mutation où le vivre ensemble pourrait, au fond, être bien plus simple si l'on renonçait à instrumentaliser son prochain.

 

www.jrsfrance.org