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Itinéraires : quand les réfugiés prennent la parole…

« Nous témoignons que les réfugiés fuient leur pays d’origine parce qu’ils ne sont pas libres de s’exprimer. Nous prenons la parole aujourd’hui pour écrire chacun une tranche de vie car nous sommes aussi menacés à cause de notre race, de notre religion, de notre nationalité, de notre appartenance à un groupe social ou politique. Pour ces raisons, nous avons subi des traitements inhumains.

Nous avons peur de voir la France, pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, avancer sur un chemin qui s’écarte de ses valeurs, en prenant ce qui l’intéresse et en jetant ce qu’elle ne veut pas.

Mais nous, demandeurs d’asile, nous n’avons pas le choix car nous sommes persécutés chez nous. Toutes les issues sont-elles fermées pour nous ? Où pouvons-nous aller ? Nous n’avons plus le choix et nous avons le droit de revivre.

Protégez-nous ! Redonnez-nous espoir ! »

« Le chef de la sécurité du Palais présidentiel m’a appelée, me disant de venir dans l’immédiat au Palais. C’était un beau matin du mois de mai. Directement je suis partie et arrivée là-bas, il m’a fait entrer dans son bureau où il y avait ses proches collaborateurs. Ils m’ont ordonné d’enlever ma ceinture, mes souliers et de m’asseoir par terre. Ils ont commencé à me poser de questions en me torturant et là j’ai compris que ma personnalité n’avait plus d’importance, même une mouche vivante avait une plus grande valeur que moi. »

Madame K.M. (Rwanda)

 

« Les miliciens à tour de rôle ont cassé la porte et les fenêtres de notre maison, sont rentrés chez nous pour nous chasser. Ça a duré comme ça pendant trois mois. Nous avions peur, nous restions enfermés toute la journée et nous nous nourrissions grâce à nos réserves. Mes deux enfants restaient enfermés avec nous et ne pouvaient pas aller à l’école. Le 16 juin 1999, les soldats nous ont donné vingt minutes pour partir définitivement. »

Madame S. (Rom du Kosovo)

 

« Tout à coup, nous avons été arrêtés par la police, qui nous a fait sortir de la route et nous a dit " tout est fini aujourd’hui ". Les policiers ont tiré deux coups de feu dans la tête de mon mari qui est tombé. Ils ont ensuite tiré dans la poitrine de mon fils aîné. Je me suis précipitée sur lui et l’ai pris dans mes bras pour le protéger. La police a tiré un autre coup de feu, la balle m’a traversé le ventre je suis tombée en arrière sur mon enfant et nous avons été laissés pour morts. J’entendais avec peine les pleurs de mon enfant prisonnier sous mon dos. Mon mari et mon fils aîné sont morts ce jour-là et je n’ai jamais revu mon autre fils. »

Madame J.M. (Angola)

 

« Pendant cinq mois, j’ai vécu dans une pièce avec une trentaine de personnes. Certains soirs les militaires venaient, ils prenaient des hommes et on ne les revoyait pas. Les sévices étaient quotidiens. Les militaires arrivaient avec une liste de personnes et dans l’espace même ou nous étions, ils cassaient les bras, arrachaient les yeux avec des boites de sardines, le sang coulait. Il n’y avait pas de docteur. Il était difficile de dormir. »

Monsieur Roba (Oromo d’Ethiopie)

 

« J’ai fui mon pays pour la Turquie, pays où je ne connaissais personne et où la langue m’était difficile. J’ai demandé aux Turcs avec qui j’avais sympathisé comment arriver en Grèce, qui est l’un des pays de l’Union européenne pour demander l’asile. Ils m’ont donné des coordonnées de passeurs qui m’ont fait traverser de nuit la mer Egée à l’aide d’un petit bateau vers la Grèce. J’ai marché quatorze heures dans la neige pour arriver jusqu’à Alexandra Polis où j’ai pris le bus pour aller à Athènes afin de demander l’asile. En route vers la ville de Xanthie, j’ai été arrêté par la police des frontières grecque parce que je n’avais aucun papier avec moi. Je leur ai dit que je venais pour demander l’asile mais ils m’ont arrêté et mis en prison pendant trois mois sans aucun jugement. Après avoir purgé ces trois mois de prison, ils m’ont expulsé vers la Turquie où j’ai rencontré un Hollandais d’origine africaine qui a compris mon désarroi et m’a aidé à passer moyennant 500 dollars. »

Monsieur Jim L. (RDCongo)

 

« J’ai réussi à m’échapper avec mes enfants vers la Libye. J’y suis restée deux mois. J’ai beaucoup souffert là-bas. Le capitaine d’un bateau m’a cachée dans sa cabine. Personne ne pouvait me voir. J’ai mis ma fille dans un sac et je lui ai donné des médicaments pour qu’elle dorme. J’ai passé six jours sur le bateau. Le bateau m’a arrêtée en Espagne et j’ai pris un train pour Paris. »

Madame O. (Nigeria)

 

« J’aimais beaucoup mon pays. Mais j’ai été forcée de partir de mon pays parce qu’il y avait la guerre. J’étais malmenée, poursuivie et je n’étais pas protégée par la loi. »

Madame Tamara (Tchétchénie)

 

« J’étais membre d’un parti politique qui se nomme le PALU - Parti lumumbiste unifié. Mon père faisait partie de ses dirigeants. Il a été arrêté alors qu’il faisait un discours pour motiver la population à se réveiller. Ses étudiants et ses collègues ont manifesté pour qu’on puisse le libérer. Mais il est décédé à sa libération. J’ai pris part à la manifestation des opposants qui protestaient contre le report des élections. Cette manifestation a été réprimée sévèrement car il y a eu beaucoup de morts. Beaucoup de gens ont été mis en prison, y compris moi. »

Madame Jolie M. (RD Congo)

 

Texte publié à l'occasion de la Journée mondiale du réfugié le 20 juin 2006