Partager : Google+ Facebook Twitter del.icio.us

Les bénévoles ouvrent un horizon à l’intérieur du CADA

Les demandeurs d’asile passent environ 18 mois en Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) avant d’obtenir une réponse définitive à leur demande. Au CADA de Montmarault, grâce à l’engagement d’une solide équipe de bénévoles, ils peuvent mettre ce temps à profit pour s’initier au français. Marie Mahi, chargée d’opération « vie et action collective » anime l’équipe qui donne plusieurs fois par semaine des cours de français aux hébergés.

 « L’équipe de bénévoles s’est rapidement mobilisée après l’ouverture du CADA il y a deux ans et regroupe une douzaine de personnes. La plupart sont des retraités de l’enseignement, ils ont donc souhaité mettre leurs compétences au service du CADA en proposant des animations autour de la langue française : du cours de français à la lecture de contes en passant par l’aide aux devoirs.

 

Le projet était basé sur les attentes croisées des demandeurs d’asile en matière d’apprentissage du français et des bénévoles souhaitant tisser du lien social avec des étrangers. Pourtant, pendant les premiers mois, les demandeurs d’asile étaient très irréguliers et les bénévoles ont commencé à se décourager. Nous avons donc réfléchi ensemble à des solutions pour faire comprendre aux demandeurs d’asile l’importance d’une participation régulière, sans quoi l’action ne porterait pas ses fruits. La possibilité d’obtenir un diplôme, le DILF et la nécessité de signer un contrat d’engagement à venir en cours pour passer ce diplôme ont finalement galvanisé les hébergés. Six mois plus tard, trois personnes ont passé le DILF, créant une émulation. Un an après le lancement de cette expérience, on observe une vraie régularité, la plupart des personnes viennent en cours deux fois par semaine et sont ponctuelles !

 

C’est surtout l’objectif de tisser du lien social qui a été rapidement atteint. Les bénévoles sont de véritables passerelles entre le CADA et l’extérieur. Au fur et à mesure de leur engagement, ils ont commencé à participer aux sorties conviviales. Ils sont souvent impliqués plus généralement dans la vie sociale locale dont ils relaient les activités socio-culturelles. Ils font connaître aux hébergés les espaces de socialisation existants (animations, fêtes, événements culturels ou sportifs, etc.). Ils jouent aussi un rôle important en éclairant la population locale sur les réalités de la demande d’asile et du séjour des demandeurs d’asile.

 

L’équipe de bénévoles, dont un noyau de six à huit personnes est présent depuis le début, s’implique de manière régulière. Pourtant, avec l’équipe du CADA, nous sentons la nécessité de réfléchir à la suite. L’engagement bénévole est proportionnellement plus important en milieu rural qu’en ville mais le nombre d’habitants étant beaucoup plus faible, les personnes susceptibles de s’engager au sein de notre association et au CADA de Montmarault sont moins nombreuses. De plus, si les Montmaraultois connaissent bien Forum réfugiés et le CADA, ce n’est pas encore le cas du reste des habitants du département et du pays des Combrailles. Dans ce contexte, nous travaillons sur des actions de sensibilisation pour toucher des personnes et susciter chez elles l’envie de s’engager au CADA, à Forum réfugiés et pour le droit d’asile.

 

L’aspect que je trouve le plus difficile à gérer est la réaction des bénévoles au rejet définitif d’une demande d’asile, provoquant la sortie des hébergés. Pour aider les bénévoles à faire face, l’équipe salariée entretient un lien permanent avec eux pour qu’ils puissent parler, comprendre ce que vivent les hébergés et être au courant des sorties prévues. Le bénévolat est précédé par des entretiens et une période d’observation. Nous proposons aussi une petite formation sur la demande d’asile, ce qui permet de connaître le fonctionnement de la procédure. Je pense qu’il faut encore améliorer l’intégration et développer la formation pour que les bénévoles aient tous les éléments qui leur permettent de s’intégrer dans l’association et de s’engager activement en faveur du droit d’asile. »

Témoignage de salariée paru dans le Journal de Forum réfugiés - Cosi n°55