Partager : Google+ Facebook Twitter del.icio.us

Mineur étranger réfugié de République démocratique du Congo

« Je voulais vous raconter une partie de mon parcours. Je m’appelle B. Je suis né à Lubumbashi et suis de nationalité congolaise. Mon papa était militaire. Ma maman est partie en 1998 pour se réfugier dans son pays, le Rwanda car elle était d’origine tutsie. Et j’ai aussi une petite sœur, que je n’ai pas revue depuis 2004. Je ne suis jamais allé à l’école car ma famille n’avait pas les moyens financiers. Je ne sais donc ni lire, ni écrire.

Mes problèmes ont commencé un vendredi de juin 2004, j’avais 14 ans. Ce jour là des rebelles ont envahis le camp où nous habitions et où mon papa travaillait. Moi je suis parti avec ma petite sœur mais mon papa est resté. Nous sommes tous partis vers le fleuve Zaïre pour traverser en Centrafrique.

 

Ma petite sœur est tombée malade pendant le trajet et elle a été recueillie par des personnes de la Croix-Rouge mais je ne l’ai jamais revu depuis. Et j’ai aussi appris que mon père avait été tué une semaine après notre départ.

 

Nous ne sommes pas restés très longtemps en Centrafrique et j’ai continué ma fuite avec un ami de mon père, Monsieur A. Nous sommes arrivés au Cameroun, toujours en 2004.
Monsieur A. disait que Mobutu était au Maroc alors il avait l’objectif d’aller dans ce pays.
Nous sommes passés par le Niger en traversant le désert avec une jeep. Nous étions sept personnes, j’étais le seul enfant. Nous sommes arrivés à Tamanrasset en Algérie (2005).

 

Nous sommes restés au moins 8 ou 9 mois dans le désert. Le chauffeur nous avait dit que les noirs n’étaient pas acceptés en Algérie, c’est pour cela que nous sommes restés dans le désert.

 

Nous avons ensuite repris la route pour aller au Maroc. Nous avons pris le bus de Tamanrasset pour Marnia (ville entre Algérie et le Maroc). Nous sommes restés deux jours là-bas et nous sommes ensuite allés à Oujda, au Maroc, c’était le 1er janvier 2006.

 

A Oujda c’était plus dur qu’en Algérie car il n’y avait même pas un bus où les noirs pouvaient monter. On était dans le désert on n’avait pas de tente. Après quelques mois des personnes de Médecins sans frontières sont venues et c’est eux qui nous donnaient à manger.
Nous sommes ensuite partis à Rabat et dès le lendemain, nous sommes allés au HCR. Là-bas j’ai expliqué mes problèmes et on m’a donné un papier à présenter à la police si je me faisais arrêter. Je n’ai plus revu monsieur A. depuis.

 

Après quelques mois j’ai été convoqué pour un entretien toujours au HCR et au dernier rendez-vous et ils m’ont dit que j’avais le statut de réfugié sous le mandat du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, c’était en juin 2007.

 

D’avoir ce statut ne m’a pas vraiment aidé, je peux dire que c’était encore pire car l’église qui m’hébergeait ne pouvait plus m’aider. Je n’avais plus d’aide alimentaire car ils ne donnaient qu’à ceux qui n’avaient pas de papiers.

 

Je suis retourné au HCR mais ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas de lieu où me loger. Je suis resté devant la porte du HCR car la police ne pouvait pas nous arrêter là-bas.

 

La police m’a quand même arrêté au moins trois fois. Le seul fait d’être noir, au Maroc, suffit à être arrêté. Ils nous mettaient dans une cellule la journée et le soir ils nous mettaient dans un car pour nous emmener dans le désert. La dernière fois c’était en janvier 2008, ils nous ont emmenés à la frontière entre la Mauritanie et le Maroc.

 

De retour à Oujda des personnes de Médecins sans frontières m’ont soigné car j’étais blessé.

 

Avec de l’aide j’ai pu quitté Oujda. Je suis arrivé en France le 30 avril 2008. J’ai été placé dans un foyer et suivi par le Conseil Général car j’étais mineur.

 

C’est difficile d’être dans un pays où je ne connais personne. Je n’ai plus de famille et je suis en train de faire des démarches pour retrouver ma sœur.

Maintenant je suis majeur, je prends des cours pour apprendre à lire et à écrire et j’attends. J’attends que l’OFPRA me convoque pour savoir si je pourrais être reconnu réfugié en France. »

 

Ce témoignage est paru dans le Journal de Forum réfugiés n°45.