En Cisjordanie, la situation des droits humains se détériore
Plusieurs rapports dénoncent une accélération des expulsions, des confiscations de terres et des atteintes aux droits humains en Cisjordanie. Dans ce contexte, les perspectives d’un État palestinien viable apparaissent de plus en plus compromises.
Territoire palestinien occupé par Israël depuis la guerre des Six Jours en 1967, la Cisjordanie est au cœur du conflit israélo-palestinien depuis près de six décennies. Depuis les accords d’Oslo dans les années 1990, le territoire est resté fragmenté entre zones sous contrôles différenciés, tandis que la colonisation israélienne s’y est fortement développée. L’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) note dans un article d’analyse publié le 3 avril 2026 que « depuis sa création, l’État hébreu pratique une politique coloniale jamais démentie, qui revêt une tournure de plus en plus préoccupante au fur et à mesure que les années passent. » Une affirmation confirmée par les chiffres : 10 000 colons en 1972, 280 000 en 1993, 750 000 en 2025.
L’exemple le plus récent est un appel d’offres, publié le 10 décembre 2025, pour la construction de 3 401 logements de colons. L’IRIS dénonce une « politique annexionniste en Cisjordanie » : « Les mesures mises en œuvre en Cisjordanie ne sont pas seulement constitutives d’une politique d’occupation ; elles ont pour objectif l’expulsion des Palestiniens afin de créer les conditions propices à une annexion du territoire, comme le déclarent d’ailleurs sans ambages des membres du gouvernement. »
Dans ce contexte, le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme dénonce, dans un rapport de janvier 2026, la confiscation illégale de terres palestiniennes et d’autres ressources, ainsi que leur transfert à des juifs Israéliens et non israéliens. Ces deux dernières années ont été marquées par une intensification des mesures d’expulsion des Palestiniens et du transfert d’Israéliens à Jérusalem-Est. En outre, l’ONG Amnesty International a publié, le 26 février 2026, un communiqué de presse intitulé « L'impunité alimente les mesures d'annexion illégales d'Israël en Cisjordanie », dans lequel elle dénonce l’adoption par Israël, depuis décembre 2025, d’une série de mesures visant à s’approprier des terres palestiniennes en Cisjordanie, rendant l’annexion « irréversible ». L’organisation affirme que l’impunité générale permet à Israël de poursuivre ces politiques, notamment de confiscation des terres, malgré les résolutions de l’ONU et le droit international.
Israël a développé une politique de « registre foncier » visant à acquérir des terres, notamment dans la zone C de la Cisjordanie, où près de 58 % des terres ne sont pas enregistrées. Israël en contrôle déjà la majorité grâce à des déclarations de « terres d’État ». Début décembre 2025, le cabinet de sécurité israélien a approuvé la création de 19 nouvelles colonies, portant à 68 le total approuvé par la coalition actuelle en trois ans, et à 210 le nombre total de colonies officielles. Israël a déjà posé la plupart des bases nécessaires en expulsant de force des familles palestiniennes et en détruisant leurs maisons. Ainsi, la Cisjordanie serait coupée en deux, rompant définitivement la continuité territoriale palestinienne entre Ramallah, Jérusalem-Est et Bethléem. Ce plan de construction existe depuis les années 1990, mais il avait été gelé pendant des décennies sous la pression internationale.
Environ 750 000 colons israéliens vivent aujourd’hui illégalement en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est. Amnesty International pointe une intensification du système d’apartheid et la destruction des moyens de subsistance palestiniens, en marge de la guerre à Gaza. Vingt et une communautés palestiniennes ont été totalement ou partiellement déracinées en 2025. Plus de 600 personnes ont été déplacées de force de Ras Ein al-Ouja en janvier 2026.
Selon le rapport précité du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au cours des deux dernières années, les actes de violence et autres exactions perpétrés par les colons contre les Palestiniens ont atteint un niveau sans précédent en termes d’ampleur et de gravité : recours illégal à la force, détentions arbitraires et torture, répression de la société civile, restrictions indues à la liberté de la presse et restrictions sévères à la circulation. Les violences se sont intensifiées depuis le 7 octobre 2023, marquant une détérioration sans précédent de la situation des droits humains dans cette zone. Le 21 janvier 2025, Israël a lancé l’opération dite du « Mur de fer » dans le nord de la Cisjordanie, ciblant particulièrement les camps de réfugiés des gouvernorats de Jénine, Tulkarem et Tubas qui, au 30 septembre 2025, avaient entraîné la mort de 64 Palestiniens, ainsi que l’expulsion de plus de 32 000 personnes de trois grands camps de réfugiés (Jénine, Tulkarem et Nur Shams), et la destruction délibérée de vastes portions de ces camps.
En outre, un Comité spécial de l’ONU chargé d’enquêter sur les pratiques israéliennes entre août 2024 et juillet 2025 a publié, en septembre 2025, un rapport dans lequel il alertait sur ces mêmes violences perpétrées par l’État israélien et les colons en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est. Au cours de la période considérée, plus de 400 Palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes ou par des colons, et 3 934 Palestiniens ont été blessés.


