Le budget présenté par le gouvernement pour l’année 2027 ne présente pas d’évolution notable concernant les crédits dédiés à la politique d’asile, en baisse de 4% par rapport à la loi de finances initiale 2026. Une continuité qui devrait faire perdurer les défaillances en matière d’hébergement.

Après la présentation du projet de loi de finances (PLF) 2027 lors du Conseil des ministres du 1er octobre 2026, les « bleus budgétaires » (projets annuels de performance) qui détaillent le budget par thème ont été publiés. La lecture de l’annexe concernant la mission « immigration, asile, intégration » permet de connaître les intentions du gouvernement concernant les moyens attribués à la politique d’asile pour l’année à venir.

Le projet de loi de finances prend pour hypothèse une croissance de la demande d’asile de l’ordre de 3% pour 2027 et les années suivantes et prévoit 108 120 demandeurs d’asile en GUDA pour 2027.  Il est souligné que cette hypothèse intervient après une nouvelle baisse des demandes en 2026 : fin juillet la demande d’asile était en baisse de 12% dont 18% pour les premières demandes, par rapport à la même période l’année précédente.

La partie du budget portant sur la « garantie de l’exercice du droit d’asile » est dotée de 1,315 milliards d’euros pour l’année 2027, en baisse de 4% par rapport à la loi de finances initiale (LFI) 2026. 

L’un des principaux postes budgétaires demeure l’hébergement des demandeurs d’asile. La capacité du dispositif national d’accueil reste globalement stable avec un peu plus de 100 000 places financées, réparties entre les centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), les dispositifs d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile (HUDA) et les centres d’accueil et d’examen des situations (CAES). Cette stabilité s’accompagne toutefois, comme les années précédentes, d’un objectif de fluidification du dispositif. Le gouvernement entend accroître la part des demandeurs d’asile hébergés et réduire les situations d’occupation indue après obtention d’une protection ou après rejet définitif de la demande. La prévision pour fin 2026 porte sur 5,2% de présence indue pour les réfugiés et 3,8% pour les déboutés, auxquels s’ajoute un taux de vacance estimé à 2%. Ces niveaux sont « proches de deux observés en juillet 2026 ». Les demandeurs d’asile et autres personnes autorisées occupent donc environ 89% des places, un objectif porté à 90% en 2027 et à 91% pour les deux années suivantes.

Si le document souligne que la part des demandeurs d’asile éligibles aux conditions matérielles d’accueil (CMA) et ne disposant pas d’un hébergement, qui étaient hébergés mi-2026 était de 78% (dépassant l’objectif de 70% fixé par la précédente loi de finances) il convient de rappeler que ces résultats sont obtenus en privant une part importante des demandeurs d’asile de ces CMA (voir notre article de septembre 2026).

L’autre volet de l’accueil des demandeurs d’asile, ayant un impact budgétaire significatif, est le versement d’une allocation pour demandeur d’asile (ADA) à ceux qui y sont éligibles. La dotation prévue pour 2027 atteint 225,5 millions d’euros pour les demandeurs d’asile, afin de couvrir le versement de l’allocation à près de 66 000 bénéficiaires en moyenne sur l’année. Le Gouvernement souligne toutefois que la mise en œuvre du Pacte européen sur la migration et l’asile devrait engendrer des coûts supplémentaires importants pour ce dispositif dans les années à venir, c’est pourquoi ce budget est en hausse de 4%.

La mise en œuvre du règlement « Dublin » (révisé par le Pacte sur la migration et l’asile) reste également une priorité. Le PLF affiche l’objectif d’augmenter progressivement le taux effectif de transferts vers les États européens responsables de l’examen des demandes d’asile. Cette orientation repose notamment sur l’entrée en vigueur du nouveau cadre européen en matière de migration et d’asile ainsi que sur la reprise attendue des transferts vers certains États membres, notamment la Grèce et l’Italie dès le quatrième trimestre 2026.

Concernant l’intégration, les crédits consacrés aux bénéficiaires d’une protection internationale progressent. Le programme AGIR, désormais déployé sur l’ensemble du territoire métropolitain hors Corse, constitue le principal outil d’accompagnement des réfugiés vers l’emploi, la formation et le logement. Près de 58 000 réfugiés avaient intégré ce dispositif à l’été 2026, et 24 900 étaient en cours d’accompagnement. Pour 2027, les pouvoirs publics visent une amélioration des résultats en matière d’accès au logement durable et d’insertion professionnelle. Cet effort est complété par le financement (stable) de plus de 12 000 places d’hébergement dédiées aux bénéficiaires d’une protection internationale ainsi que par des crédits spécifiques destinés à faciliter leur accès au logement.

La situation des réfugiés d’Ukraine continue par ailleurs de faire l’objet d’un traitement spécifique, même si les moyens dédiés sont en diminution. La dotation destinée au versement de l’ADA aux bénéficiaires de la protection temporaire est ramenée de 68 à 38,2 millions d’euros, reflet de la baisse attendue du nombre de bénéficiaires. Dans le même temps, les dispositifs d’hébergement spécifiquement créés à la suite du conflit sont progressivement réduits au profit d’une intégration dans les dispositifs de droit commun, notamment en matière d’accès au logement.