Chine : les minorités ethniques et religieuses sous contrôle
En République populaire de Chine, les notions d’ethnie et de religion sont intimement liées. L’ONG Human Rights Watch dénonce une politique et des nouvelles lois discriminatoires à l’égard des minorités ethniques et religieuses, notamment dans les régions autonomes.
Selon un article d’analyse de l’IRIS, du fait de l’héritage soviétique et maoïste, une religion est reconnue comme une singularité ethnique : ainsi, la condition de musulman, par exemple, est assimilée à une appartenance ethnique. Le pays compte 56 ethnies reconnues, dont les Han, groupe majoritaire (plus de 90 % de la population). Les minorités ethniques sont réparties sur 60 % du territoire, plutôt dans les régions frontalières. L’institut rappelle que la question des minorités ethniques est très politique et que l’ethnie figure officiellement sur les cartes d’identité (« Tibétain » ou « Mongol », par exemple).
En raison de leur implantation géographique, les minorités ont parfois été accusées de collusion avec des agents extérieurs, en particulier les musulmans, aujourd’hui encore souvent taxés de complicité avec un islam radical. Selon un communiqué de Human Rights Watch daté du 17 septembre 2026, le gouvernement chinois a renforcé les contrôles à la sortie du territoire au cours de la dernière décennie, en imposant notamment de nouvelles restrictions de voyage aux minorités religieuses et aux défenseurs des droits humains. De plus, un nouveau décret sur l’administration des entrées et sorties du territoire (décret n° 841) est entré en vigueur le 5 septembre 2026. D’après l’ONG, il restreint le droit des citoyens chinois ou étrangers de quitter la Chine, pour des motifs vaguement définis liés à la sécurité nationale ou à d’autres risques. « Les autorités soumettent de plus en plus les défenseurs des droits humains et les minorités ethniques à des restrictions et à une surveillance de leurs déplacements à l’étranger », souligne l’organisation.
Selon un rapport de Human Rights Watch, publié le 9 septembre 2026, dix ans après le lancement, en 2016, de la campagne de « sinisation » de la religion par le président Xi Jinping, les minorités ethnico-religieuses, notamment les chrétiens (les protestants de l’Église de Sion, les catholiques), les musulmans et les bouddhistes tibétains, subissent une forte pression pour s’aligner sur la culture han et l’idéologie du Parti communiste. Ils sont soumis à des contrôles idéologiques renforcés, à une surveillance stricte et à des restrictions de voyage. Le gouvernement chinois affirme, pour sa part, que la liberté de culte est garantie.
La Chine compte cinq régions autonomes, chacune historiquement associée à une ou plusieurs minorités nationales : la Mongolie-Intérieure (les Mongols), le Xinjiang (les Ouïghours), le Guangxi (les Zhuang), le Ningxia (les Hui, musulmans sinophones) et le Tibet (les Tibétains). Selon Human Rights Watch, le gouvernement exerce un contrôle particulièrement brutal au Xinjiang et au Tibet. Au Xinjiang, près de dix ans après la détention arbitraire massive et la persécution culturelle d’un million d’Ouïghours et d’autres musulmans turcophones – des actes constitutifs de crimes contre l’humanité –, l’impunité demeure. En 2016, les autorités du Xinjiang ont confisqué tous les passeports précédemment délivrés, dans le cadre d’une vague de répression dans la région. Si certains Ouïghours peuvent désormais voyager à l’étranger, ils continuent de faire face à de sévères restrictions.
Au Tibet, les autorités continuent d’imposer un contrôle strict de la liberté de circulation, de la religion, de la langue et de l’accès à l’information. Après l’instauration, en 2021, du plan d’« harmonisation du langage des enfants » (le chinois devient langue d’enseignement et de garde dès la maternelle, y compris dans les zones minoritaires), Human Rights Watch a dénoncé, en mai 2026, des atteintes aux droits des enfants (langue, culture, éducation, vie familiale) et un risque pour la survie de la langue et de la culture tibétaines en l’espace d’une génération.
En outre, le 1er janvier 2026, une loi sur « la promotion de l’unité ethnique et du progrès » est entrée en vigueur. Elle codifie les sanctions en matière d’administration de la sécurité publique et fait des « activités religieuses illégales » un motif de détention administrative de 5 à 15 jours. Selon l’ONG, plus d’une douzaine de villes chinoises ont adopté, au premier semestre 2026, des mesures qui encouragent, voire récompensent financièrement, la dénonciation d’activités religieuses jugées « illégales ». À Chengdu, par exemple, une dénonciation vérifiée peut rapporter jusqu’à 800 yuans (environ 120 dollars américains). Ces mesures semblent prolonger des dispositifs similaires en place au Xinjiang depuis 2013 et au Guangdong depuis 2019.
Pour Human Rights Watch, Pékin punit non seulement la pratique religieuse indépendante, mais aussi ceux qui défendent les croyants en justice. Une avocate qui représentait des membres de l’Église de Sion, importante congrégation protestante non reconnue par l’État, a ainsi fui à Taïwan le 2 septembre, après avoir été menacée de voir son cabinet fermé. L’ONG rappelle que toutes ces mesures s’inscrivent dans la politique de « sinisation de la religion » lancée par Xi Jinping en 2016.
En 2025, 2 385 demandes de protection ont été déposées à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) par des Tibétains de Chine, représentant 91,3 % des demandes d’asile introduites par des ressortissants chinois. Ces personnes déclarent avoir fui leur pays en raison de leurs opinions politiques et de leur appartenance ethnique, ou en raison de leur appartenance à différentes Églises, et au mouvement spirituel Falun Gong. Cette même année, les taux de protection les plus élevés accordées par l’Ofpra ont concerné les Tibétains de Chine (92 %).


