Au Sri Lanka, des difficultés persistantes pour certaines catégories de population malgré le nouveau contexte politique
Quinze ans après la fin de la guerre civile, et depuis les dernières élections présidentielles et législatives en 2024, le Sri Lanka tente d’avancer vers une reconstruction politique. On constate déjà des améliorations notables mais les situations de violence et de persécution persistent pour les minorités religieuses, les femmes ou encore les minorités sexuelles et de genre.
Depuis l’indépendance, en 1948, le Sri Lanka a été gouverné par des partis dominés par l’élite du pays, majoritairement bouddhiste cinghalaise. Des divisions ethnoreligieuses ont mené à trente années de guerre civile entre l’armée (principalement composée de Bouddhistes cinghalais) et le mouvement séparatiste tamoul, les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). La guerre a pris fin en mai 2009. Selon un rapport d'International Crisis Group de mai 2010, le bilan est lourd : des milliers de civils tamouls ont été tués, blessés, portés disparus, ou privés d’alimentation et de soins médicaux adéquats, entraînant de nouveaux décès. Les forces de sécurité sri-lankaises comme le LTTE sont accusés de crimes de guerre. La réparation et la reconnaissance de ces crimes n’ont toujours pas été actées. Des charniers sont encore régulièrement découverts sur l’île, principalement dans la province du Nord, à majorité tamoule.w
En 2022, un mouvement social a provoqué une crise politique profonde, menant à la démission du président de la République et du Premier ministre, deux postes alors occupés par des frères de la famille Rajapaksa. En septembre 2024, des élections présidentielles ont porté Anura Kumara Dissanayake à la tête du pays, avec son parti, le Front de libération du peuple (JVP). Le parti est également sorti vainqueur des élections législatives de novembre 2024 et des municipales de mai 2025, permettant au pouvoir en place de mettre en œuvre ses objectifs : résoudre la crise économique, lutter contre la corruption et favoriser une réconciliation inter-religieuse entre les tamouls, les musulmans et la majorité bouddhiste cinghalaise. Selon un rapport d’International Crisis Group de septembre 2025, le président et son gouvernement s’efforcent de bâtir une culture politique plus stable et inclusive. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) précise dans son rapport d’activité 2024 que le président « prône la réconciliation des communautés tamoules et cinghalaises, en autorisant notamment la tenue de commémorations en faveur des martyrs tamouls ».
Un rapport de mission de l’Ofpra au Sri Lanka, publié en septembre 2025, dresse un état des lieux précis et actualisé des droits humains dans le pays. Il révèle notamment que certains groupes restent particulièrement surveillés par les services de sécurité (traçage, interrogatoires, pressions sur leur entourage) : les défenseurs et militants des droits humains, les anciens combattants, les personnes affiliées au LTTE, ainsi que les personnes en conflit foncier avec l’État.
La situation de la minorité tamoule a évolué sur certains points : depuis mai 2024, les autorités autorisent les commémorations liées aux Tamouls tués pendant le conflit, ce qui était auparavant interdit. Les difficultés de communication entre la police et les populations tamoulophones persistent, malgré des campagnes de recrutement d’agents tamouls et des cours de langue dispensés aux policiers cinghalais, car les documents administratifs ne sont pas tous disponibles dans les trois langues officielles (cinghalais, tamoul et anglais). Le LTTE est encore officiellement considéré comme une organisation terroriste. Les anciens combattants du LTTE, souvent pauvres et marginalisés, restent étroitement surveillés par les services de sécurité.
L’armée compte un nombre excessif d’officiers, tandis que beaucoup de militaires de la province du Nord – région majoritairement tamoule – se livrent également à des activités lucratives. Les pratiques telles que la surveillance renforcée des minorités ethniques et la corruption restent répandues au niveau local. Les relations entre la police et la population se sont néanmoins améliorées.
Les violences contre les femmes présentent une prévalence élevée, surtout dans le Nord et l’Est : un quart d’entre elles en auraient subi depuis l’âge de quinze ans. Concernant les minorités sexuelles et de genre, le rapport de mission de l’Ofpra indique que la législation demeure répressive. Elle sert notamment de menace de poursuites judiciaires pour certains policiers se livrant à des pratiques d’extorsion. La société reste largement homophobe.
L’expropriation demeure un problème majeur. Ces dernières années ont vu des agences gouvernementales et des moines bouddhistes prendre le contrôle de dizaines de sites appartenant à des Tamouls et à des Musulmans. Dissanayake a promis d’accélérer la restitution des terres occupées par l’armée dans le Nord et l’Est du pays à leurs propriétaires.


