Pakistan : enjeux de protection internationale dans un contexte de crises internes et régionales
Forum réfugiés a organisé, en décembre 2025, une conférence en ligne consacrée au Pakistan. Florence Toix, spécialiste de la région, a mis en lumière la situation politique et sécuritaire du pays, ainsi que l’état des droits humains des ressortissants pakistanais.
Florence Toix est spécialiste de la région afghano-pakistanaise et des migrations internationales. Son intervention lors d’une conférence organisée par Forum réfugiés en décembre 2025 visait à mieux comprendre la situation complexe du Pakistan et son impact sur les déplacements de population.
Elle a d’abord rappelé que le Pakistan, né en 1947 de la partition violente de l’Inde britannique, est aujourd’hui le cinquième pays le plus peuplé du monde, avec 255 millions d’habitants en 2025. Sa population est jeune : plus de la moitié des Pakistanais ont moins de 21 ans. Le Pakistan est une fédération de quatre provinces et de territoires spéciaux, dont certaines régions demeurent disputées, notamment le Cachemire. Majoritairement rurale, la société pakistanaise est structurée par des logiques de caste, de tribu et de lignage qui conditionnent l’accès à la terre, au pouvoir politique et à la justice. Sur le plan socio-économique, plus de 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, l’alphabétisation reste très inégale entre les hommes et les femmes, et l’indice de développement humain est en recul.
La conférence a également abordé les enjeux géopolitiques du pays. Depuis l’indépendance, l’armée constitue une institution centrale de l’État, au détriment de gouvernements civils, contrôlés par l’establishment, souvent fragiles et minés par la corruption. La sécurité aux frontières demeure particulièrement instable avec d’un côté, la rivalité persistante avec l’Inde autour de la région du Cachemire et de l’autre, le risque d’embrasement avec l’Afghanistan. Depuis le retour au pouvoir des talibans à Kaboul en 2021, les tensions se sont accrues le long de la frontière afghano-pakistanaise, tandis que les talibans pakistanais (TTP) ont intensifié leurs attaques à l’intérieur du pays. Cette dégradation sécuritaire s’inscrit dans un contexte de crise économique aiguë, marqué par une inflation record, des pénuries d’énergie et des risques récurrents de défaut de paiement, aggravés par une forte dépendance financière extérieure.
Florence Toix a ensuite proposé un état des lieux de la situation des droits humains au Pakistan. Malgré une Constitution garantissant les libertés fondamentales, leur respect demeure insuffisant. Le système judiciaire est affaibli par la corruption, les profondes inégalités sociales et la coexistence de normes civiles, religieuses et coutumières. Les lois anti-blasphème, héritées de l’islamisation des années 1980, sont régulièrement instrumentalisées contre les minorités religieuses et les opposants politiques.
Les femmes figurent parmi les principales victimes de ces dysfonctionnements structurels. Le Pakistan compte parmi les pays les plus dangereux au monde pour elles, en raison de la persistance de violences domestiques massives, de mariages forcés et précoces, ainsi que de crimes dits « d’honneur » largement impunis. Les minorités religieuses, les basses castes et les enfants sont également particulièrement exposés à l’exploitation, aux discriminations et à la traite.
Enfin, la répression des voix dissidentes s’est intensifiée ces dernières années, notamment à l’encontre des mouvements baloutches et pachtounes, ainsi que des partisans de l’ancien Premier ministre Imran Khan. Arrestations arbitraires, restrictions des libertés de réunion et d’expression, détentions prolongées et expulsions massives de réfugiés afghans illustrent un durcissement autoritaire du régime, dans lequel la sécurité de l’État prévaut sur la protection des droits fondamentaux.


