Depuis la chute du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi en 2011, la division du pays a notamment permis la prolifération du trafic et de la maltraitance envers les personnes étrangères. Un nouveau rapport de l’ONU dresse un bilan désastreux du traitement des migrants et réfugiés en Libye, où les milices armées agissent en toute impunité.

La révolution libyenne, dans le contexte des printemps arabes en 2011, a mis fin au régime de Mouammar Kadhafi après quarante-deux ans au pouvoir. En 2014, une guerre civile a conduit à la division des institutions libyennes, avec des autorités concurrentes qui se disputent le pouvoir : à l’Ouest (à Tripoli), avec le Gouvernement d'unité nationale (GUN), reconnu par la communauté internationale) ; et à l’Est (en Cyrénaïque), avec le Gouvernement de stabilité nationale (GSN) depuis 2022.

Ce chaos politique a permis la prolifération de groupes armés, notamment le groupe armé GSIM à Tripoli (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) affilié à Al-Qaïda, ainsi que l’aggravation de la situation des migrants. En 2012, un rapport commun de la Fédération internationale pour les droits humains et de Migreurop intitulé Libye, en finir avec le trafic des migrants, dénonçait déjà la maltraitance systémique envers les migrants, surtout originaires d’Afrique subsaharienne.

En 2026, le traitement des migrants en Libye ne s’est pas amélioré. De nombreuses prisons secrètes laissent place au trafic de migrants, qualifié par les ONG de crime contre l’humanité. Les milices armées y agissent en toute impunité.

Un rapport de l’ONU, publié en février 2026, dénonce les violations systématiques et généralisées des droits humains à l'encontre des migrants, des demandeurs d'asile et des réfugiés par des trafiquants, des passeurs, des groupes armés et des acteurs étatiques impliqués dans la gestion des migrations et des frontières. Ces pratiques perdurent en Libye et demeurent impunies.

Les réseaux de trafiquants exploitent ces vulnérabilités à des fins lucratives. Ils ont recours au travail forcé, à la prostitution forcée ou à la servitude domestique, pratiquent la torture, des violences sexuelles, la traite des êtres humains (vente et transfert de migrants), ainsi que l’extorsion (confiscation et revente de leurs effets personnels et de leurs papiers d'identité). Des meurtres y sont aussi commis. Les migrants subissent également des arrestations et des détentions arbitraires et prolongées, des transferts sans procédure régulière, souvent sous la menace d'une arme, vers des autorités non officielles ou dans des centres de détention illégaux. Ils y sont contraints, par la torture et des traitements inhumains, de payer pour leur libération.

En outre, des milliers de personnes sont interceptées en mer au moyen de méthodes dangereuses, débarquées de force et renvoyées en Libye. Le pays est considéré comme dangereux pour le débarquement de migrants par les agences des Nations unies et les autorités de plusieurs États tiers.

Dans le sud, l'est et l'ouest de la Libye, des charniers contenant notamment des corps de migrants sont régulièrement découverts : en 2020, la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL) documentait la découverte d’au moins huit charniers dans l’ouest du pays ; de même en février 2025 (Organisation internationale pour les migrations) et début 2026, à Ajdabiya, dans le nord-est de la Libye.

Amnesty International démontrait, en 2024, l’existence d’actes de torture, de violences sexuelles et de travail forcé subis par des réfugiés et des migrants durant leur détention. Plusieurs milliers d’entre eux ont été expulsés de force vers des pays voisins, en dehors de toute procédure régulière et sans pouvoir déposer une demande d’asile. En octobre 2022, un rapport du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme indiquait : « Les migrants sont fréquemment contraints d’accepter une aide au retour pour échapper à des conditions de détention abusives, des menaces de torture, des mauvais traitements, des violences sexuelles, des disparitions forcées, des extorsions et d’autres violations des droits de l’homme ».

Amnesty International rappelle que la population libyenne est elle aussi victime des exactions des groupes armés : dans toute la Libye, les forces de sécurité, des milices et des groupes armés ont arrêté arbitrairement des centaines de personnes, notamment des militants, des manifestants, des journalistes et des utilisateurs de réseaux sociaux. La société civile est étouffée, dans un contexte où les autorités rivales se disputent le contrôle des territoires. Les femmes, les filles et les membres de minorités religieuses sont en proie à une discrimination bien ancrée. Des personnes LGBTI+ ont fait l’objet d’arrestations arbitraires, de poursuites judiciaires et de menaces de mort. Des milices et des groupes armés ont procédé à des expulsions forcées et à des démolitions de logements.