Une « réserve de talents » pour favoriser la migration de travail
Mi-novembre 2025, les colégislateurs européens se sont accordés sur la création d’une plateforme pour l’emploi de ressortissants de pays tiers : la « réserve de talents ». Cette initiative est présentée comme un outil économique, mais aussi comme une voie légale vers l’Union européenne.
Le 18 novembre 2025, la Commission européenne a salué l'accord politique conclu entre le Parlement européen et le Conseil en vue de créer, par règlement, la réserve de talents de l'Union européenne (UE) (EU Talent Pool).
La réserve de talents devrait être la première plateforme à l'échelle européenne conçue pour soutenir le recrutement de ressortissants non-européens. Elle est présentée comme un outil pour la compétitivité de l’UE car elle aiderait à remédier aux pénuries de main-d'œuvre. En effet, d’après la Commission européenne, l'UE est confrontée à une pénurie persistante dans divers secteurs et à différents niveaux de qualification (liste en annexe de la proposition, qui contient notamment le domaine de la santé, de la plomberie, ou encore de la restauration). Avec le vieillissement de sa population, l'Europe devrait perdre 1 million de travailleurs par an à partir de 2030, « ce qui menace la transition écologique et numérique de l'UE, sa compétitivité et ses services publics essentiels ».
La réserve est aussi présentée, dans une plus faible mesure, comme une voie légale vers l’UE, dans une approche globale de la migration.
La plateforme devrait mettre gratuitement en relation des employeurs avec des demandeurs d'emploi issus de pays tiers dans les secteurs confrontés à des pénuries de main-d'œuvre, en fonction des compétences, et avec des ajustements nationaux et régionaux possibles. Celle-ci contiendrait, entre autres, des informations sur les processus de recrutement, y compris les procédures d'immigration, la reconnaissance des qualifications et les conditions de travail.
La Commission européenne devrait avoir le pouvoir d’adopter des actes délégués pour mettre à jour la liste des secteurs en pénurie.
Les demandeurs d'emploi devraient avoir au moins l'âge de la majorité prévu par la législation nationale du pays d'emploi et ils pourraient indiquer l’État membre de préférence.
Il est à noter que la réserve n'affecterait pas le droit des États membres de décider du nombre de travailleurs de pays tiers à admettre sur leur territoire. Ni l'inscription, ni la sélection pour un poste vacant via la plateforme ne garantiraient l'obtention d'un permis de travail et de séjour, qui resteraient soumis aux procédures d'immigration en vigueur dans chaque État membre, contrôles de sécurité compris.
Par ailleurs, la participation des États membres à ladite plateforme resterait volontaire. Ceux qui souhaiteraient y adhérer devraient mettre en place des points de contact nationaux afin de soutenir la mise en œuvre.
Les États membres participants devraient veiller à ce que tous les employeurs et entités, tels que les agences d’intérim ou les intermédiaires du marché du travail, soient légalement établis et se conforment aux législations européennes et nationales applicables en matière de recrutement, de conditions de travail, de non-discrimination, et de protection contre la traite des êtres humains. Le non-respect de ces législations pourrait entraîner la suspension ou le retrait des employeurs de la plateforme.
L'accord doit encore être approuvé officiellement par le Parlement européen et le Conseil au moment de l’écriture de cet article.
Un projet pilote (EU Talent Pool Pilot) est en cours depuis avril 2022, visant spécifiquement les personnes fuyant la guerre en Ukraine pour qu’ils trouvent des emplois sur le marché du travail de l'UE. Seuls sept États y participent : l’Espagne, la Croatie, la République tchèque, la Slovaquie, la Pologne, la Lituanie et la Finlande. Aucune donnée relative à ce pilote n’est publique au moment de la rédaction de cet article.


