Fin 2025, le Conseil de l’Union européenne a adopté le plan de réinstallation de l’Union pour la période 2026-2027. Ce dernier est notamment marqué par la diminution du nombre d’engagements de réinstallation de réfugiés et par le retrait d’États antérieurement contributeurs, en dépit des besoins mondiaux.

La réinstallation, où le fait d’accueillir une personne réfugiée dans un premier pays d’accueil dans lequel les conditions ne lui sont pas favorables en raison de sa vulnérabilité, permet, en plus d’alléger les pays qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés dans le monde et de partager la responsabilité de la protection des réfugiés, d'offrir des alternatives sûres et légales aux voyages périlleux que de nombreuses personnes en situation de risque se voient contraintes d'entreprendre.

Depuis 2015, seulement 21 États membres de l’Union européenne (UE) ont contribué aux efforts de réinstallation et d'admission humanitaire de l'UE, bien que la Commission européenne apporte un soutien politique, financier et opérationnel, avec l'aide de l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (EUAA), et que la société civile appuie ces opérations.

En 2024, dans le cadre du Pacte sur la migration et l’asile, les législateurs européens ont adopté le règlement 2024/1350, qui formalise un système européen de réinstallation, sans le rendre obligatoire.

L'article 8 dudit règlement dispose que le Conseil (représentant les États membres de l’UE) doit adopter un plan de l'Union de deux ans, sur la base d'une proposition de la Commission. Celle-ci doit tenir compte des résultats des réunions du Comité de haut niveau sur la réinstallation et l'admission humanitaire, du rapport du Haut-commissariat des Nations-unies pour les réfugiés (HCR) sur les besoins mondiaux prévus en matière de réinstallation, et des indications données par les États membres à la Commission concernant leurs contributions.

Le comité de haut niveau, qui a eu lieu fin 2025, a réuni la Commission européenne, des représentants du Parlement européen, du Conseil, des 27 États membres, de l’EUAA, du HCR, de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et la société civile, représentée par l'International Rescue Committee (IRC).

Le 11 novembre 2025, la Commission européenne a publié sa proposition de décision de mise en œuvre du Conseil. Il y est indiqué que « bien que de nombreux États membres aient reconnu la protection offerte par les initiatives de réinstallation et d'admission humanitaire, ainsi que leur valeur stratégique, ils ont également souligné les défis qui limiteraient aujourd'hui leur capacité à contribuer à ce plan de l'Union, tels que la capacité déjà saturée des systèmes d'accueil nationaux, ainsi que d'autres considérations politiques et financières ». Par conséquent, la proposition a prévu 15 230 réinstallations et admissions humanitaires pour 2026-2027, provenant de 9 États membres (la proposition publiée n’a pas révélé lesquels et leurs contributions).

De plus, il y est indiqué que « les admissions concerneront les pays situés le long des principales routes migratoires menant à l'Union par la Méditerranée et l'Atlantique, les pays des Amériques, en particulier l'Amérique centrale et l'Amérique latine, les pays avec lesquels l'Union ou ses États membres ont établi un dialogue coopératif ou progressent vers la réalisation d'objectifs plus larges en matière de gestion des migrations et de protection internationale ».Une approche politique qui s’écarte de l’analyse des besoins documentée par le HCR, qui a recensé 2,5 millions de réfugiés en besoin de réinstallation du fait de leur vulnérabilité. Plus précisément, l’organe des Nations unies estime que les Afghans et les Syriens seront les principales populations ayant besoin d'être réinstallées, suivis par les réfugiés sud-soudanais, soudanais, rohingyas et congolais. En ce qui concerne les pays de premier asile, le HCR prévoit que les besoins de réinstallation les plus importants se situeront, par ordre décroissant, en Iran, en Turquie, au Pakistan, en Éthiopie, en Ouganda, au Liban, au Tchad, au Bangladesh, en Égypte et en Thaïlande.

De surcroît, le 18 décembre 2025, le Conseil a adopté la décision de mise en œuvre (publiée le 22 décembre au journal officiel de l’UE) en réduisant encore les engagements. Le nombre total de ressortissants de pays tiers ou d'apatrides à admettre sur le territoire des États membres au titre du plan de réinstallation et d'admission humanitaire pendant la période 2026-2027 s'élève à 10 430 personnes, soit 4 800 de moins que dans la proposition de la Commission.

Cela représente une baisse considérable par rapport à leur engagement de 60 735 personnes pour les années 2024 et 2025.

Par ailleurs, seuls 9 États membres de l'UE se sont engagés à participer, contre 14 États au dernier cycle d'engagements en 2024 et 2025, et 17 en 2023. L’Allemagne, qui réinstallait le plus, ne s’est pas contentée de réduire ses engagements, elle a complètement arrêté la réinstallation. La Belgique et la Finlande, qui avaient également des engagements importants, ont-elles aussi arrêté. Pour sa part, la France passe de 3 000 réinstallations (qui étaient 5 000 en 2022) à 1 200 (voir notre article dédié à cet engagement français).

Les relocalisations à mettre en œuvre dans le cadre de la réserve de solidarité créée par le règlement « gestion » (voir notre article sur le sujet) auraient été invoquées comme raison de la diminution des engagements. Or, une bonne gestion de l’asile implique des voies légales et sûres afin d’éviter une immigration irrégulière, et surtout le recourt à des passeurs et des chemins migratoires dangereux.