En fin d’année 2025, la France a annoncé qu’elle n’accueillerait que 600 réinstallés par an sur les deux prochaines années (2026-2027). Une orientation à la fois surprenante et inquiétante, alors que les besoins demeurent à un niveau record.

La réinstallation est un dispositif spécifique de protection de réfugiés identifiés par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Elle vise à transférer les réfugiés les plus vulnérables depuis leur premier pays d’asile vers un État tiers. Ce dernier s’engage auprès du HCR à les accueillir et à leur accorder un statut de résidence permanente ainsi que tous les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels liés.

En allant au-devant des besoins de protection, évitant aux personnes qui craignent les persécutions d’entamer des parcours migratoires complexes et souvent dangereux, les États qui s’engagement à accueillir des réinstallés assurent une mise en œuvre complète du droit d’asile qui ne se limite pas à protéger celles et ceux qui ont pu rejoindre son territoire.

En juin 2008, la France a marqué un engagement particulier en ce sens, en signant un accord cadre avec le HCR consistant à accueillir une centaine de ménages réinstallés chaque année pour la mise en œuvre de cette voie légale dédiée aux réfugiés. En pratique cela représente environ 300 réinstallés par an. À cela s’ajoutent des programmes d’admission humanitaire ponctuels, répondant à des situations de crise et des enjeux diplomatiques.

Suite à l’arrivée importante de réfugiés syriens en Europe à partir de 2014-2015, les États sont amenés à prendre des engagements politiques au niveau européen pour l’arrivée de réfugiés par voie légales depuis les pays voisins de la Syrie. La France décide alors d’accueillir environ 5 000 réfugiés par an depuis le Liban, la Turquie, et la Jordanie à partir de 2016 puis d’élargir cet engagement à d’autres pays de premier asile (et donc à d’autres crises géopolitiques) comme le Tchad, l’Egypte ou le Niger. En 2018 par exemple, ce sont 5 071 réinstallés qui sont accueillis par la France, qui met en place un dispositif impliquant des missions foraines de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dans les pays de premier asile. D’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), autre organe des Nations unies impliqué dans ce dispositif, « la France se positionne donc comme un Etat majeur de la réinstallation au niveau mondial, aux côtés des Etats-Unis, du Canada, de l’Australie et du Royaume-Uni ».

La crise sanitaire, qui freine les déplacements internationaux à partir de 2020, marque un premier ralentissement de cette politique de réinstallation, suivie par l’arrivée des réfugiés d’Ukraine (2022), puis l’organisation des Jeux olympiques d’été (2024) : ces évènements amènent la France à abaisser ses objectifs entre 2 000 et 3 000 réinstallés par an. En 2025, la base de données statistiques du HCR fait été d’un peu plus de 1 000 personnes réinstallées en France. Cette même année, le HCR annonce que plus de 2,5 millions de personnes ont besoin d’être réinstallées dans le monde soit plus du double par rapport à dix ans auparavant. En octobre 2025, le président des États-Unis annonce que le pays ne réinstallera que 7 500 personnes (principalement des personnes blanches d’Afrique du Sud !) alors que l’engagement pour l’année précédente porté par son prédécesseur atteignait 125 000 réinstallés.

Dans ce contexte de besoins records à l’échelle internationale et de désengagement des États-Unis, principal acteur de la réinstallation depuis les années 1980, un signe fort était attendu des pays européens et particulièrement de la France au regard de ses orientations récentes dans ce domaine. L’annexe au projet de loi de finances 2026, publié en octobre 2025, laissait penser que l’on reviendrait à un objectif de 3 000 personnes par an : il y est en effet indiqué que les fonds européens versés à la France à cet effet s’élèveraient à 30 millions d’euros, à raison d’un montant forfaitaire de 10 000 euros par réinstallé accueilli soit un total de 3 000 réinstallés.

C’est donc avec surprise que la publication le 18 décembre 2025 par le Conseil de l’Union européenne d’une décision d’exécution relative au plan de l’Union pour la réinstallation et l’admission humanitaire (2026-2027) faisait apparaitre un engagement français de …600 réinstallés par an sur les années 2026 et 2027 !

Un chiffre particulièrement bas en comparaison avec les années précédentes, en contradiction avec la dynamique portée par la France ces dernières années en faveur de ce dispositif. Il convient de noter que l’’accord cadre signé en 2008 et mentionné précédemment continue à s’appliquer parallèlement à ces engagements européens.

 

Crédit Photos : Cécile Creiche