Une enquête qualitative publiée par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en décembre 2025 permet de mieux comprendre la situation des personnes étrangères présentes à Calais et Dunkerque, marquée par une grande précarité et un manque d’accompagnement vers l’asile.

Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a publié le 23 décembre 2025 une enquête qualitative visant à « collecter des informations sur les profils, parcours, besoins et intentions des personnes » vivant à Calais et Dunkerque dans le but de rejoindre le Royaume-Uni. L’objectif est « d’avoir une meilleure connaissance de la situation locale, proposer des solutions et contribuer au bon fonctionnement des nouveaux mécanismes de collaboration entre les Etats en tenant compte du profil, des besoins et des vulnérabilités des personnes concernées ».

Au cours de rencontres menées depuis 2023 avec l’appui des associations présentes sur place, le HCR a recueilli les réponses de 106 personnes (dont 2 mineurs non accompagnés) à un questionnaire sur leur profil, leurs besoins et leurs parcours. 83% des personnes interrogées étaient des hommes et 16% des femmes, essentiellement âgé(e)s de 25 à 35 ans (43% des répondants). Près de 70% des personnes interrogées étaient originaires de 5 pays : Soudan (20%), Érythrée (18%), Afghanistan (14%), Éthiopie (8%) et Somalie (8%). 50% des personnes étaient célibataires, et 80% n’avaient pas de famille en Europe. Le départ depuis les pays d’origine était intervenu il y a plus de 5 ans pour près d’un tiers des personnes (31%) tandis que les départs récents (moins de 6 mois) concernaient 23% des répondants. L’arrivée à Calais ou Dunkerque était récente, moins d’un mois, pour un quart des interrogés, un autre quart étant arrivé entre 2 et 6 mois.

Le départ a été motivé principalement par une situation de violence généralisée (50%) ou des persécutions (47%) tandis que le contexte socioéconomique (19%) ou les raisons sociétales (7,5%) constituent d’autres motifs d’exil – plusieurs réponses étaient possibles pour cette question.

Le parcours migratoire principalement emprunté a été la Méditerranée centrale (51%) ce qui explique que 58% des répondants indiquent être passés par l’Italie (suivie de la Grèce et la Turquie pour 21% et l’Allemagne pour 18%). Trois quarts des personnes interrogées (76%) indiquent qu’ils n’ont pas souhaité rester dans les pays d’Europe traversés car leur objectif final était un autre pays. Environ la moitié des personnes (48%) ont indiqué que leurs empreintes digitales avaient été relevées dans l’un des pays d’Europe traversé (hors France) et 22% y ont enregistré une demande d’asile (13% ayant reçu une réponse négative). En France, seulement 16% des répondant ont demandé l’asile et 2 personnes ont obtenu une protection, la majorité (60%) ne souhaitant pas demander l’asile ici notamment pour poursuivre leur projet migratoire vers un autre pays ou par peur d’être placés sous procédure Dublin.

À Calais et Dunkerque, seuls 14% des répondants se sentent tout le temps en sécurité, ce taux étant nul pour la seule ville de Dunkerque. Les conditions d’accueil des personnes interrogées sont particulièrement précaires : 89% d’entre elles n’étaient pas hébergées au jour de l’enquête principalement du fait d’une méconnaissance des dispositifs existants. Peu de problèmes de santé ont été remontés, mais 67% des personnes interrogées à Dunkerque ont indiqué avoir un accès insuffisant à la nourriture. Sur les deux villes de l’enquête, seuls 50% des répondants ont par ailleurs accès à l’eau de manière suffisante.

Alors que l’orientation vers la procédure d’asile en France nécessite une bonne information et un accompagnement adéquat (voir notre article de novembre 2024), 70% des répondants ont affirmé n’avoir eu aucun accès à des services de ce type. Sur le sujet de l’asile, seuls 25% ont indiqué avoir reçu une information suffisante. Un tel contexte n’est pas de nature à modifier les intentions initiales ayant mené ces personnes sur le littoral nord : ainsi 75% d’entre elles souhaitent demander l’asile au Royaume-Uni principalement parce qu’elles supposent une meilleure prise en charge des demandeurs d’asile dans ce pays.

En conclusion, le HCR recommande principalement de « renforcer l’accès précoce à une information claire et adaptée sur la procédure d’asile » et de « consolider l’accès aux services d’accompagnement juridique et administratif ». Aux pouvoirs publics de se saisir désormais de cette analyse documentée, pour aborder la question complexe de la migration dans cette région en sortant des postures simplistes qui mènent généralement à un affaiblissement des droits fondamentaux sans résoudre la situation globale. L’accord signé entre la France et le Royaume-Uni à l’été 2025 illustre bien ces impasses : les moyens considérables engagés pour une mise en œuvre limitée n’ont pas freiné les traversées de la Manche où le deuxième plus haut niveau a été constaté cette année (41 472 contre 45 774 en 2022).