Où en est-on de l’accueil des réfugiés d’Ukraine en France ?
Plus de quatre ans après le début du conflit en Ukraine, la protection de celles et ceux qui ont rejoint la France a fortement évolué. Beaucoup se sont tournés vers le système d’asile, tandis que la visibilité demeure réduite sur le dispositif de protection temporaire mis en place dès mars 2022.
Le conflit en Ukraine a entraîné le déplacement de plusieurs millions d’habitants du pays à partir de février 2022. L’Union européenne s’est accordé rapidement sur la délivrance d’un statut de protection spécifiquement dédié à ces réfugiés, en activant la directive sur la protection temporaire en mars 2022 (voir notre article de mars 2022), tandis que les Etats membres dont la France ont mis en place plusieurs dispositifs spécifiques pour appliquer ce cadre protecteur.
Malgré la mobilisation politique exceptionnelle et le déblocage de de budgets conséquents qui a permis d’établir ce système dédié aux réfugiés d’Ukraine, les données statistiques permettant de suivre l’évolution de ce dossier demeurent difficilement accessibles et/ou lisibles.
Les bénéficiaires de la protection temporaire (BPT)
Au 31 décembre 2025, le ministère de l’Intérieur comptabilisait 51 886 adultes bénéficiant d’une autorisation provisoire de séjour (APS) liée au statut de bénéficiaire de la protection temporaire (BPT) en France soit 11,4% de moins que l’année précédente (58 528). Le ministère indique par ailleurs dans cette même communication statistique qu’il y aurait « 49 916 APS détenues par des ressortissants ukrainiens en cours de validité à la fin de 2025 » mais c’est le chiffre précédent (51 886) qui a été transmis à l’agence européenne Eurostat et que l’on considèrera donc comme le plus fiable.
Il est cependant entouré d’une limite : seuls les adultes se voient délivrer une APS, ce qui ne permet donc pas de connaître le nombre total de BPT en incluant les enfants (contrairement aux autres pays européens qui les comptabilisent, ce qui fait obstacle à toute comparaison précise).
Les bénéficiaires de l’allocation dédiée aux BPT
L’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), en charge du versement de l’allocation dédiée aux BPT (l’allocation pour demandeurs d’asile – ADA - ici versée à un public non demandeur d’asile), fournit des indicateurs statistiques mensuels sur ce dispositif sur les réseaux sociaux. Ainsi, à la fin de l’année 2025, l’OFII indiquait que l’ADA était versée à 35,069 BPT soit une baisse de 32,3% par rapport à fin 2024 (47 118). Cette statistique inclut les enfants, mais ne représente pas tous les réfugiés d’Ukraine ayant le statut de BPT : le versement de l’allocation étant lié aux revenus, une partie de ce public qui a trouvé un emploi n’y est plus éligible.
L’annexe au projet de loi de finances 2026 nous indique que la dotation pour cette ADA dédiées aux réfugiés d’Ukraine s’élèverait à 71,9 millions d’euros en 2026 (contre 106,8 millions en 2025). Le gouvernement s’appuie sur l’hypothèse « d’une poursuite de la baisse progressive du nombre de bénéficiaires d’environ 10 800 bénéficiaires sur l’année ».
Les Ukrainiens dans le système d’asile
Alors que le statut de BPT a été mis en place pour permettre une protection sans mobiliser trop fortement les systèmes d’asile des Etats européens (en France, la délivrance de l’autorisation provisoire de séjour ne passe pas par les instances de l’asile), les incertitudes sur l’avenir de ce dispositif et l’absence de réponse étatique garantissant une transition simple vers un autre titre de séjour ont finalement amené de nombreux Ukrainiens à demander l’asile (voir notre article d’avril 2025).
En 2025, le ministère de l’Intérieur a recensé 11 677 premières demandes d’asile de ressortissants ukrainiens auprès des guichets uniques pour demandeurs d’asile (GUDA). Malgré une baisse de 12% par rapport à l’année précédente (13 269), l’Ukraine demeurait ainsi le premier pays d’origine des primo-demandeurs d’asile en France pour la seconde année consécutive. Si l’on ajoute les réexamens, les GUDA ont enregistré 12 014 demandes d’asile d’Ukrainiens en 2025. L’attribution d’une protection internationale (statut de réfugié ou protection subsidiaire) est quasiment systématique : en 2025, 13 282 ressortissants Ukrainiens ont obtenu une telle protection en France, contre 6 926 en 2024. Cette année-là, le taux d’accord était de 92,2 % en première instance devant l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Les taux de protection pour 2025 ne sont pas encore disponibles.
Si l’on ajoute les Ukrainiens ayant obtenu l’asile en 2024 et 2025 (20 206 enfants et adultes), et les adultes bénéficiant de la protection temporaire fin 2025 (51 886), on peut estimer que plus de 80 000 réfugiés d’Ukraine (enfants et adultes) étaient protégés par la France en fin d’année dernière.
Les dispositifs d’hébergement dédiés aux réfugiés d’Ukraine
L’annexe au projet de loi de finances 2026 indique que le parc d’hébergement dédié à ce public est en baisse progressive et il « ne devrait plus représenter que 4 000 places au début 2026 » alors qu’il en comportait le double en janvier 2025 (et jusqu’à 30 000 l’année de sa mise en place). Les documents budgétaires ne permettent pas de savoir comment est envisagée l’évolution de ce dispositif au cours de l’année 2026.


