Réfugiés d’Ukraine : l’enquête préoccupante de l’agence des droits fondamentaux de l’Union européenne sur la situation des femmes
En février 2026, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne a publié une enquête faisant état de violences contre les femmes déplacées d’Ukraine et de violations des droits octroyés, notamment par la protection temporaire. Elle appelle à prendre en compte ces données dans l’élaboration des politiques de l’Union et de ses États membres.
La guerre menée par la Russie contre l'Ukraine depuis 2022 a poussé de nombreuses femmes à chercher refuge dans l'Union européenne (UE). Plus de 1,8 million de femmes bénéficiaient d'une protection temporaire dans l'UE fin 2025 (voir notre article sur la protection temporaire). Les femmes et les filles représentent 60% des personnes déplacées d’Ukraine.
Les conflits augmentant le risque d’abus et d’exploitation, l’agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA) a réalisé et publié en février 2026 une enquête relative à la violence et les violations des droits de ces femmes ukrainiennes.
L'équipe chargée de l'enquête a interrogé 1 223 femmes qui avaient quitté l'Ukraine depuis le début de la guerre le 24 février 2022 et qui résidaient en Tchéquie (411), en Allemagne (400) et en Pologne (412) au moment de la réalisation de l'enquête (États membres comptant le plus grand nombre de femmes originaires d'Ukraine).
L’enquête traite des violences et violations des droits en Ukraine, en transit (pendant leur voyage vers l’UE) et dans lesdits pays de l’UE. Cet article se concentre néanmoins sur ces dernières.
En vertu notamment des articles 12 et 13 de la directive relative à la protection temporaire, les bénéficiaires ont le droit d'accéder au logement, à l'emploi et à l'aide sociale, ainsi qu’aux soins médicaux essentiels. Cependant, 10 % des femmes interrogées ont déclaré ne pas se sentir en sécurité dans leur logement.
Concernant l’emploi, près de la moitié des femmes interrogées occupaient un emploi rémunéré, ce pourcentage étant plus élevé en Tchéquie (54 %) et en Pologne (50 %) qu'en Allemagne (20 %). Néanmoins, seule une femme interrogée sur cinq (21 %) parvenait à répondre financièrement à ses besoins « facilement ou assez facilement ». De plus, 36 % ont indiqué avoir dû travailler sans contrat ou avec un contrat qui ne couvrait pas toutes leurs heures de travail.
L’enquête conclut également que les femmes ukrainiennes font face à des difficultés pour accéder aux services de santé. Parmi les femmes interrogées, 82 % s'étaient trouvées dans une situation où elles avaient besoin de services de santé depuis leur arrivée dans leur État membre de résidence, tels que les services d'un médecin généraliste, des soins de santé reproductive, des soins dentaires, ou des services de santé mentale. Toutefois, parmi les femmes qui ont déclaré avoir eu besoin de soins, 34 % n'en avaient pas bénéficié, par faute de contacts ou pour cause de difficultés linguistiques. Certaines ont également déclaré ne pas avoir d'assurance maladie, que leur assurance maladie ne couvrait pas les frais ou qu'elles se voyaient refuser l'accès à des soins. Des résultats similaires concernent l'accès aux médicaments prescrits. Il est aussi à noter que les femmes vivant en Tchéquie ou en Pologne étaient plus souvent dans l'incapacité d'accéder aux soins de santé que les femmes en Allemagne.
L’enquête révèle de surcroît que près d'une femme sur quatre a reçu des propositions potentiellement abusives en matière de transport, de logement ou d'emploi. Ce phénomène était moins fréquent en Allemagne, où l'aide financière reçue par les femmes leur a peut-être permis de refuser ou d'ignorer bon nombre des propositions potentiellement malveillantes. Le profil des femmes qui ont le plus souvent reçu de telles offres – les femmes jeunes, les femmes souffrant de limitations fonctionnelles sévères, les femmes n'ayant pas dépassé le niveau d'études primaires et celles qui ont du mal à joindre les deux bouts – indique des tentatives délibérées d'exploiter les femmes perçues comme plus vulnérables. Parmi les femmes ayant reçu des offres d'emploi suspectes, 13 % soupçonnent que l'offre impliquait une attente de nature sexuelle, tandis que 4 % ont rencontré des personnes qui voulaient leur retirer leurs documents d'identité.
Par ailleurs, selon les résultats de l'enquête, 15 % des femmes ukrainiennes résidant en Tchéquie et en Allemagne, et 12 % en Pologne, ont subi des violences physiques et/ou sexuelles au cours des 12 derniers mois, contre 8% des femmes de la population générale en Tchéquie et en Allemagne, et 4% en Pologne. Les données montrent aussi que 54 % des femmes répondantes se sont retrouvées dans une situation où quelqu'un les a agressées ou a réagi négativement après les avoir entendues parler ukrainien. Ces expériences sont plus fréquentes chez les femmes vivant en Tchéquie (67 %) et en Pologne (55 %) que chez celles vivant en Allemagne (31 %). En outre, quasiment une femme ukrainienne sur quatre a été victime de cyberharcèlement sexuel.
Enfin, que peu de femmes victimes de harcèlement sexuel depuis le début de la guerre ont signalé les incidents les plus graves à la police.
Pour FRA, les résultats de l’enquête soulignent la nature généralisée de la violence sexiste et mettent en évidence les domaines auxquels l'UE et ses États membres doivent accorder une attention particulière lorsqu'ils prennent des mesures visant à promouvoir l'intégration des femmes ukrainiennes dans l'UE ou leur retour durable en Ukraine dans la sécurité et la dignité, notamment lorsque la protection temporaire prendra fin (voir notre article sur le sujet) et pour les profils les plus vulnérables.
Ces résultats devraient également, et entre autres, éclairer la manière dont les États membres transposent la directive 2024/1385 relative à la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, qui s'applique parallèlement à la directive relative aux droits des victimes ; et éclairer les rapports de la Commission européenne concernant la mise en œuvre de la Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique (Convention d'Istanbul).


